Dossier Analyse Financière

Charges : attention aux dérapages


Les charges dans le bilan

Les charges englobent les frais de personnel et toutes les consommations nécessaires à la production (matières premières, énergie, services…). L’important, pour l’investisseur qui veut s’informer de la santé de la société dans laquelle il veut investir, c’est de vérifier que celle-ci a réussi à les contenir ou, mieux, à les réduire, tout en assurant la croissance du chiffre d’affaires. En revanche, lorsque les charges grimpent plus vite que l’activité, il y a danger.

Les charges de personnel pèsent d’autant plus lourd que les salariés sont hautement qualifiés. Il est difficile d’économiser sur ce poste à moins de délocaliser dans un pays à bas coût de main-d’œuvre. Ce qui n’est pas toujours possible et ce qui comporte des risques politiques, sociaux, mais aussi économiques...

Pour alléger les  frais de personnels certaines entreprises optent pour la cession des branches très consommatrices de main d’œuvre comme la production et conservent uniquement la recherche, le marketing et le management. En 2001, lorsqu’il arrive à la tête d’Alcatel, Serge Tchuruk a pour objectif d’en faire une entreprise « fabless » (sans usine). Alcatel a  donc « outsourcé » (sous-traité) une partie de sa production, revendant à des sous-traitants des unités de production. Dès juin 2003, Serge Tchuruk annonçait dans le journal  économique les Echos que le pourcentage de cols bleus (les ouvriers et agents de maîtrise) était tombé à 10% de l’effectif d’Alcatel.

Il existe aussi un autre exemple célèbre : Apple. 25 000 ingénieurs et cadres travaillent pour la marque à la pomme aux Etats-Unis, pendant que les 300 000 ouvriers du chinois Foxconn fabriquent les Ipads, Ipods et autres Iphones de la marque.

Depuis la mise en place des normes comptables IFRS, les charges intègrent les avantages futurs accordés aux salariés (primes, indemnités de fin de contrat, les stock-options...). Les frais de consommation concernent peu les entreprises de services qui incorporent souvent peu de matières premières. Les entreprises de la distribution alimentaire achètent pour revendre, sans transformer les produits et  peuvent répercuter intégralement les hausses de prix. En revanche, les groupes industriels sont très sensibles au poste consommations. Exemple avec les matières premières, dont les prix ont explosé depuis deux ans.

Prenons le leader français de la viennoiserie industrielle, Brioche Pasquier. Ses achats incluent principalement des farines, des œufs, du sucre, du chocolat et de l’énergie (pétrole et gaz) pour cuire le tout. Son problème, c’est que le prix de la plupart de ces ingrédients a augmenté de plus de 30% en deux ans. Si elle répercute cette hausse sur ses prix de ventes, les clients achèteront moins et la croissance de son chiffre d’affaires s’arrêtera. Une hausse trop forte du poste « consommations » est souvent l’indicateur de difficultés commerciales à venir...

Outre les frais de personnels et de consommation, l’entreprise a aussi des frais financiers. Ce poste, à part dans les comptes, représente l’ensemble des intérêts payés par l’entreprise à ses préteurs. Depuis 2002, l’endettement des sociétés a fortement diminué.

De plus, la baisse des taux a nettement fait chuter le coût de l’endettement. En général ce poste n’est pas un sujet de préoccupation, sauf pour quelques entreprises très endettées. Le distributeur Casino a ainsi procédé ces dernières années à la mise en vente, en bourse ou directement, d’une partie des murs de ses magasins, et a procédé à des cessions d’actifs non stratégiques, qui lui ont permis de réduire fortement son endettement et donc, ses frais financiers. La bourse, comme a chaque fois qu’une entreprise se désendette, a salué.

La maîtrise des charges est une nécessité, comme le montre la mésaventure de Veolia, à la mi-2011. Le titre du numéro un mondial des services s’est écroulé, après avoir annoncé une perte nette de 67,2 millions d'euros au premier semestre (contre un bénéfice net de 374,2 millions d'euros, un an plus tôt) en raison de 800 millions d'euros de charges de dépréciations. Le PDG a annoncé un plan de restructuration, baptisé « Convergence », qui vise à réduire l’ensemble des charges.

Il prévoit, sur plusieurs années, la concentration des activités du groupe sur moins de 40 pays contre 77 aujourd'hui, la rationalisation de l'organisation, des processus et des sièges. L’impact positif de ces mesures serait d'au moins 150 millions sur le résultat opérationnel 2013 et 250 à 300 millions en 2015, en complément du Plan d'efficacité annuel d'au moins 250 millions. Cela n’est pas neutre.

Mais l’augmentation de ces charges a eu un tel effet sur le cours de Véolia (-60% en six mois), que le PDG a du renforcer son plan de cession d’actifs non stratégiques : il a donc confirmé que 1,3 milliards d’euros d’activités seraient cédées. Avec cet exemple, on peut mesurer l’impact des charges sur le comportement boursier de l’action d’un groupe coté. C’est une réaction qu’il faut prendre en compte au moment d’investir...

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